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Retour aux mots sauvages, c'est l'histoire d'un quinquagénaire qui devient opérateur dans une entreprise nommée Optimum, et qui choisit comme prénom "pour les clients" Eric. Le livre relate son parcours, entre la routine du travail où il se contente de lire des phrases toutes faites affichées sur son écran, ses initiatives personnelles, sa vie privée, la vague de suicides qui sévit dans Optimum, etc.

Delphine

Par goncourtdeslyceensostex.over-blog.com
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Commentaires

Retour aux mots sauvages, c'est l'histoire d'un quinquagénaire qui devient opérateur dans une entreprise nommée Optimum, et qui choisit comme prénom "pour les clients" Eric. Le livre relate son parcours, entre la routine du travail où il se contente de lire des phrases toutes faites affichées sur son écran, ses initiatives personnelles, sa vie privée, la vague de suicides qui sévit dans Optimum, etc.

C'est un peu dur de le résumer, et pour cause, l'histoire se révèle assez répétitive, et il faut s'accrocher pour rentrer dedans. Après, on aime ou on n'aime pas. La mise en page est un peu lourde pour moi, les dialogues n'étant pas délimités, sans compter qu'il y a beaucoup de très longs paragraphes, ça peut être décourageant.
Le contexte est assez flou, vu qu'on ne connaît pas les vrais prénoms des personnages, on ne sait pas où se passe l'histoire, on ne sait même pas en quoi consiste les mystérieuses formules proposées par Optimum... là aussi, ça m'a un peu posé problème, quand j'ai voulu le reprendre après m'être arrêtée, je ne savais plus trop où j'en étais.

Mais pour le reste, j'ai plutôt bien aimé ce livre, il se lit assez rapidement et change vraiment de mes lectures habituelles. x)
Commentaire n°1 posté par Delphine le 22/09/2010 à 17h16
Electricien dans une grande entreprise, le personnage principal de Retour aux mots sauvages, la cinquantaine, se voit reclassé sur un plateau téléphonique. Une plongée dans les coulisses des hotlines commerciales.

Pour avoir occupé un temps le même poste dans l’entreprise clairement évoquée par Thierry Beinstingel, quoique son nom ne soit jamais cité, j’étais assez curieux de lire ce roman. Ni froid analyste, ni témoin compatissant, l’auteur apparaît clairement concerné par son sujet, et il faut signaler la justesse et l’intelligence de son positionnement. Pas de sociologie de comptoir, pas d’acidité ou d’aigreur. Un peu drôle, un peu curieux, le début du roman décrit sur un mode kafkaïen l’univers des « plateaux » : cadences, déshumanisation, malaise ouaté, absurdité, hermétisme… bourdonnements, engourdissement, automatisation de la parole. Le style et la construction servent habilement la description. Ce qu’on aurait pu craindre est évité : on n’est jamais tiré vers le documentaire, nous sommes bien en littérature. Petit à petit, le lecteur est amené au(x) personnage(s), derrière le(s)quel(s) se découvrira, semble-t-il, progressivement l’auteur lui-même.

Retour aux mots sauvages est un roman qui se creuse et gagne en profondeur au fil du texte. Le monde de l’entreprise… d’une entreprise, des entreprises, de la société, nos façons de consommer, notre manière de communiquer ou de ne plus communiquer : dématérialisation, évanescence, vacuité… le malaise, comme une nausée sartrienne latente, sourde, refoulée. Comme une idée que nos ou notre société serait attiédie, médiocre, pire même que paraplégique ? Plus à la hauteur des grèves générales et des émeutes sanglantes : Beinstingel nous renvoie un peu à Zola et à Germinal, par l’absence, chez lui, de quoi que ce soit d’épique.
Critique mais pas acerbe.

Désabusé en même temps qu’humaniste, dans son roman l’auteur semble petit à petit prendre la parole à son narrateur pour rendre hommage à l’humain vaille que vaille des personnes. Rendre hommage enfin à ses collègues, et peut être à ceux, en général, victimes d’une direction prise par notre époque.
Commentaire n°2 posté par PJH le 09/10/2010 à 12h47
Ce pourrait être une tragédie, le héros est dépossédé de son identité, autour de lui rôde la mort, les suicides se multiplient.
Mais non, il se lance dans la course à pied et ce nouveau souffle donne un sens à sa vie, une valeur à son corps.
Il n'accepte pas le langage formaté de l'entreprise, se retrouver sur un plateau de téléopérateurs ce n'est pas son monde, et "remettre de l'humain dans les rouages" ce n'est pas une phrase formatée de plus quand il décide de rappeler un client et de s'impliquer.

J'aimerais relire ce roman pour dénombrer les occurrences du pronom ON, tellement "on c'est nous", et parfois ce ON c'est tout le monde et personne... Excellent livre !
Commentaire n°3 posté par Fabienne H le 10/10/2010 à 16h11
Le personnage principal de "Retour aux mots sauvages" était électricien ; mais aujourd'hui, dans les grandes entreprises, on "optimise", on fait de la "gestion des ressources humaines" -c'est-à-dire qu'on supprime votre poste, au nom de la rentabilité, surtout si vous avez 50 ans. Et l'électricien devient téléopérateur. Il s'appellera désormais Eric.
Et le lecteur découvre en même temps qu'Eric ce monde déshumanisé du télémarketing, ces plateaux de téléphonie où le langage devient automatique, fade, répétitif, et perd sa fonction première de communication, d'échanges (tiens, une fois encore, Beckett n'est pas loin !)
Alors, quand votre téléphone sonnera et que vous entendrez au bout du fil : "Bonjour, je suis John / Georges / Paul / Ringo de la société X. Je suis bien chez monsieur / madame / mademoiselle X ? Vous habitez bien numéro/nom de rue/ville ? ", pensez à Eric...

Edith Brighi
Commentaire n°4 posté par Edith Brighi le 10/10/2010 à 22h17
Que dire de ce roman.... Outre le fait que je l'ai réellement apprécié ?
On assiste dès le début à la mort du personnage principal - oui oui, je l'ai vu comme ça - , qui perd son identité d'électricien et identité tout court pour devenir le simple téléopérateur : Eric.
Dans ce roman, on acquiert, d'une certaine manière, une vision du monde déshumanisé - on parle à un morceau de plastique mélangé à du métal et, au bout du fil, un personnage qui vous lit ses réponses toutes programmées sur son écran - ainsi qu'à la mécanisation, voir même la « machinisation » - je me permets le néologisme - du téléopérateur, transformé ici en robot qui clique sur des onglets. La mécanisation, qui reflète d’ailleurs sans aucun doute le travail à la chaîne avec un mouvement robotisé et répétitif, est accentuée pour les nombreuses répétitions, comme l’a dit Mme Brighi, de : « "Bonjour, je suis John / Georges / Paul / Ringo de la société X. Je suis bien chez monsieur / madame / mademoiselle X ? Vous habitez bien numéro/nom de rue/ville ? " ». Personnellement, j’ai trouvé que toutes ces répétitions participent à cet « effet d’exagération » - qui n’en est pas réellement un -, mais qui montre la vérité sur ces plateformes et les conditions de travail de chacun – stress, dépression,… –.
Commentaire n°5 posté par Alexandre O. le 12/10/2010 à 19h46
Qu'ajouter de plus que ce qui a été précédemment dit ?
Pour moi, ce livre a été un véritable coup de cœur.
Au début, lorsque l'on me racontait l'histoire de ce roman, intérieurement je me disais : "Ça va être la croix et la bannière pour le lire!". Mais au bout du compte j'ai été agréablement surprise.
Malgré certains avis, j'ai adoré le côté répétitif de ce roman puisqu'il représente totalement le travail d'Éric... Et même le fait de ne pas savoir leurs vrais prénoms ajoute au caractère de ce livre qui se veut fidèle à son histoire et m'a permis de réellement m'attacher aux personnages (Roland, Robert, Maryse et Éric !).
En plus, l'auteur ne nous relate pas seulement la vie monotone d'un téléopérateur mais la vie d'Éric précisément, ses rencontres avec un paralysé à vie (très émouvant), ses courses à pieds qui selon moi représente son combat pour ne pas perdre entièrement sa propre identité (celle d'avant Éric) et ses relations avec ses collègues. J'ai également retenu, dans ce roman, l'hommage rendu par Éric aux morts par suicides (avec la liste des noms).
Ainsi, ce Retour aux mots sauvages est vraiment prenant et touchant.
Commentaire n°6 posté par Audrey H. le 14/10/2010 à 20h51
Difficile de faire mieux que les commentaires précédents... J'ai moi aussi été touché par ce livre et il fait -pour l'instant- partie de mes coups de coeur.
Je recommande vivement sa lecture.
Commentaire n°7 posté par L. Jeandel le 18/10/2010 à 16h31
Je suis actuellement en train de le lire , mais vraiment pas moyen de me mettre dedans !
Peut-être parce que j'ai déjà vu tellement de documentaires sur les conditions de vie des téléopérateurs et lu beaucoup d'articles et de témoignages que je n'arrive plus à m'intéresser à ce sujet !
Je vais quand même continuer encore le livre pour voir si je vais accrocher.
Commentaire n°8 posté par elodie.B le 25/10/2010 à 17h31
Bien que compliqué de se mettre dedans, une fois fais on ne s'en lasse pas je trouve, malgré les énumérations et répétition cassant le rythme. De plus Beinstingel est un auteur très humain et très sympathique, selon moi.
Commentaire n°9 posté par Cindy B. le 25/10/2010 à 18h51
Le titre du livre et ensuite le sujet sur les opérateurs me laissaient à la base un peu perplexe mais l'histoire a su me surprendre. Elle mêle en effet humour et émotion et s'ancre parfaitement dans notre société. On s'attache au personnage alors qu'on n'a aucune information précise sur lui.
Le style d'écriture, et notamment les répétitions, ne m'ont pas vraiment dérangés car elles permettent d'insister sur le travail effectué par Eric. J'ai vu ces répétitions comme une mise en condition dans ce travail.
De plus, la rencontre avec l'auteur m'a permi d'apprécier encore plus son oeuvre car je l'ai trouvé aussi simple que son roman.
Commentaire n°10 posté par Emelyne C. le 27/10/2010 à 21h16
Le quotidien d'un homme de 50 ans, ancien électricien dans un grand groupe, reclassé comme opérateur téléphonique.
Ici, pas de chômage ni de galère pour retrouver un emploi, un nouveau poste ni physique ni salissant, ni grosse pression ni stress à première vue, des collègues sympas et des supérieurs peu présents ... Mais le diable est dans les détails et T. Beinstingel nous fait ressentir, par petites touches et courts chapitres, le drame que vit Eric.
De son ancien emploi hautement qualifié à ce nouveau poste sans rapport avec l'ancien, Une activité désincarnée (faux prénom, pas de contact ni de suivi avec les clients, d'absurdes offres à "placer").
On est touché par la réaction d'Eric, et plus généralement par cette histoire simple.
Commentaire n°11 posté par Christophe B. le 28/10/2010 à 23h18
Qui d'entre nous n'a été un jour démarché par un téléopérateur chargé, d'une voix neutre, désincarnée, monocorde, de nous vendre tel ou tel produit? Qui n'a été tenté de destabiliser cette personne en essayant de "casser" la mécanique, la logique du télémarketing? "Retour aux mots sauvages" a le mérite de se placer de l'autre côté, de faire "vivre" un plateau, un site où des êtres humains déshumanisés à qui on dénie même de garder leur propre identité, pour nous montrer que ces employés sont les premiers à souffrir de ces répétitions, de ces absurdités qu'ils débitent à longueur de journée. Roman très sensible sur le monde du travail et parabole de notre société, consumériste, individualiste, "machinisée", où l'humain devient un "rouage"....
Seul bémol à mon sens: le titre qui m'apparaît quelque peu trompeur. Plutôt qu'un "retour aux mots sauvages" (le narrateur est assez inhibé et taciturne), on assiste à "un retour aux pieds sauvages" avec la course à pied comme échappatoire, moyen de s'évader de ce travail aliénant et d'affirmer l'existence de l'être humain en tant que corps incarné.
Un véritable coup de coeur!!!
Commentaire n°12 posté par muriel cambon le 24/11/2010 à 21h21

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